Comme beaucoup d’enfants, j’ai lu Le Petit Prince. Mais j’étais alors trop jeune pour m’attacher au style d’Antoine de Saint-Exupéry, et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert Terre des Hommes, retrouvé au fond d’un grenier grâce à Martine.

Le titre, Terre des Hommes, est en lui-même très beau, et il qualifie parfaitement le livre, que j’ai ressenti comme un hommage à l’humanité, au dépassement de soi et à la nature, dans son côté le plus sauvage, le désert.

Terre des Hommes - Saint-Exupéry

Terre des Hommes – Saint-Exupéry

L’auteur écrit avec un style simple et poétique à la fois, qui m’a fait penser à Steinbeck.

Le livre s’apparente à un recueil de souvenirs, d’hommages à des pilotes et à des lieux, comme un témoignage de l’histoire de l’aviation également, et comme un recueil d’idées philosophiques ou sociétales ; il est très varié. Huit chapitres abordent ces différents sujets : la ligne, les camarades, l’avion, l’avion et la planète, oasis, dans le désert, au centre du désert et les hommes.

Un texte émouvant, quand A. de Saint-Exupéry évoque les pertes de camarades en vol, ou encore sa mésaventure dans le désert qui a failli lui coûter la vie, et quand on sait qu’il a lui-même disparu lors d’un vol au-dessus de la mer, pour ne plus jamais revenir, en 1944.

Comme un écho à ma lecture, nous avons été voir au même moment l’épave d’un crash de Douglas DC-6 (bombardier d’eau) en pleine forêt, dans les Pyrénées espagnoles. Bizarre comme les choses de la vie et les lectures peuvent être liées, vous ne trouvez pas ?

Crash d'avion dans les Pyrénées espagnoles. – à Requeséns, Catalogne, Espagne

Crash d’avion dans les Pyrénées espagnoles. – à Requeséns, Catalogne, Espagne

Quelques citations de Terre des Hommes

Le livre s’ouvre avec cette magnifique phrase :

« La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. » (partie I, chapitre 1)

Et quand je lis ces phrases, je me dis que les paysages que j’ai vus, les forêts, les lacs, les côtes ou encore les glaciers, les montagnes… nous apprennent à nous connaître nous-même. Ils nous ramènent à un instinct primaire, nous replacent à notre niveau d’animal terrestre au cœur de la nature, à une partie d’un tout qui forme la Terre. Et devant l’obstacle de la nature, l’instinct de l’homme resurgit.

« Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de sa seule douceur de respirer…  » (partie IV, chapitre 4)

Ou la solitude de l’aviateur échoué dans le désert, perdu, redevenant un simple être vivant.

« Dans le désert, on sent l’écoulement du temps. Sous la brûlure du soleil, on est en marche vers le soir, vers ce vent frais qui baignera les membres et lavera toute sueur. Sous la brûlure du soleil, bêtes et hommes, aussi sûrement que vers la mort, avancent vers ce grand abreuvoir. Ainsi l’oisiveté n’est jamais vaine. Et toute journée paraît belle comme ces routes qui vont à la mer » (partie VI, chapitre 6)

Prendre conscience du temps qui passe et profiter de chaque instant.

« […] l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction » (partie VIII, chapitre 3)

Un but noble et commun, celui de l’avenir de l’humanité, au-delà de l’égoïsme.